Descendants of the Sun, chronique d’un succès made in Hallyu

L’article mis en ligne par Le Monde est passé sur ma TL cette semaine. Comme d’habitude, il y a peu de contextualisation, donc la grille de lecture est biaisée. Comme Song Joong Ki fait partie des acteurs coréens que j’apprécie, j’en profite donc pour fangirler et clarifier certaines choses. En quoi et pourquoi Descendants of the Sun est-il un succès ?

L’intrigue

Constatons que le résumé donné par Le Monde parle d’une infirmière alors que Song Hye Kyo joue un chirurgien qui, au début du drama, était sur le point de devenir chef de service. Être infirmière est un beau métier, mais ce n’est pas celui de Kang Mo Yeon. DotS n’a pas fait appel aux habituels schémas narratifs connus sous le nom de “makjang” c’est-à-dire des histoires de “chaebol” (=fils à papa) capricieux, des (belles-)mères manipulatrices, des vengeances, des fils ou fille caché(e), de triangles amoureux avec une héroïne à la Candy. Les dramas du câble se sont distingués ces derniers temps justement en mettant en scène des personnages dans un quotidien terre-à-terre. DotS est le premier drama des chaînes hertziennes depuis quelques années à réussir le pari de montrer des gens ordinaires… aussi ordinaires que puissent être un chef dans une unité spéciale de l’armée et une chirurgienne.

L’équipe

Quand le public baptise un couple de personnages, c’est généralement signe de succès. Et ça a été le cas pour DotS où les couples à l’écran formés par Song Joong Ki et Song Hye Kyo, d’une part, et Jin Gu et Kim Ji Won, d’autre part, sont rapidement devenus “le couple Song-Song” et “le couple Gu-Won”. Ce drama marquait le retour de Song Joong Ki après son service militaire. Parti à l’armée avec plusieurs bons projets à son actif dont le film “A Werewolf Boy” et le drama “Nice Guy”, il était d’autant plus attendu. De même, Song Hye Kyo fait partie des rares actrices coréennes en activité qui ont une popularité constante, même si chaque projet n’est pas un succès (sans pour autant être un échec cuisant, ceci étant dit). Les réunir tous les deux à l’écran était déjà un gage de succès, alors ce qui intéressait surtout était le comment. C’était toute la responsabilité de la co-scénariste Kim Eun Sook qui est la reine de ce que j’appelle le “méloromance”. Elle sait parler romance en utilisant le goût de la dramatisation du mélodrame à la coréenne. Et la magie a fonctionné une nouvelle fois.

La production

L’industrie du K-drama vit sur un rythme de tournage effréné. En ayant diffusé un drama 100% pré-produit, KBS a peut-être donné le coup d’accélérateur pour revenir à un système de tournage plus préparé. Néanmoins, ce qu’il faut voir est qu’il est normal de ne pas avoir de saison 2 parce que 98% des dramas coréens ne sont pas tournés dans l’optique d’avoir une seconde saison. Et, certes, DotS a battu des “records” d’audience, mais il n’a pas franchi la barre des 40% comme le drama historique Moon Embracing The Sun (MBC) l’a fait en 2012. A titre de comparaison, juste en terme de chiffres, le premier succès écrit par Kim Eun Sook, Lovers in Paris, a été diffusé en 2004 et il a commencé avec un taux d’audience de plus de 23% pour terminer à 56%. Cela fait 5 ans que le succès d’un drama se revoit à la baisse parce que le mode de consommation change. Il y a encore 5 ans, un drama qui faisait un taux d’audience entre 10% et 15% était considéré comme un échec. Aujourd’hui, les chaînes hertziennes s’estiment heureuses quand elles arrivent à faire plus de 10%, mais nous parlons en terme de première diffusion. Ces taux d’audience ne comptabilisent pas les rediffusions en TV et le visionnage en VOD, en piratage. C’est en ce sens que DotS a fait fort en réussissant à attirer plus de 30% des téléspectateurs devant leur TV chaque mercredi et jeudi soir.

Un autre exemple du succès de la Hallyu

En matière de divertissement, les adaptations de Running Man, I Am A Singer, ou encore We Got Married, Infinite Challenge sur ces cinq dernières années prouvent que le contenu culturel coréen plaît au public chinois. Mais, s’il est vrai que le gouvernement chinois impose des règles strictes pour réguler l’importation du contenu culturel étranger, les K-dramas font partie du paysage audiovisuel chinois depuis plus de 20 ans. Et là, je suis obligée de vous mettre le générique de “Jealousy”, le premier K-drama diffusé en Chine, avec Choi Soo Jong et la regrettée Choi Jin Sil.

(les années 90 ♥)

Les analystes distinguent différentes phases de la Hallyu (Vague culturelle coréenne) pour les K-Dramas en Chine. Après “Jealousy” (1992), “Wish Upon a Star (1997), le début des années 2000 a été marqué par les incontournables “Winter Sonata” et “Dae Jang Geum” qui ont fait fureur aussi bien en Chine que dans toute l’Asie. Si on peut parler d’une accalmie dans la seconde moitié des années 2000, des dramas à la sauce teen drama comme “You’re Beautiful” (2009), “Boys Over Flower” (2010), “Heirs” (2013), mais aussi des dramas pour vingtenaires et trentenaires comme “My Love From The Star” (2013) et “Doctor Stranger” (2014) ont écrit le nouveau chapitre de la success story. La différence cette fois-ci est que l’engouement a pu se visualiser par rapport aux réactions sur internet. Plus d’un milliard de clics pour “Heirs”, plus de 3,7 milliards de clics pour “My Love From The Star”, plus de 400 millions de clics pour “Doctor Stranger”. Récemment, l’adaptation du webtoon “Cheese in The Trap” était tellement attendue que les épisodes piratés ont cumulé près de 2 milliards de vues. Les publicitaires s’arrachent des acteurs comme Lee Min Ho, Park Shin Hye, Kim Soo Hyun, Jun Ji Hyun, Lee Jong Suk, Song Hye Kyo, ou encore Park Hae Jin. Bien sûr, il ne faut pas oublier les acteurs et actrices qui ont fait leurs débuts en passant par la K-Pop comme Siwon des Super Junior, ou Yoona des Girls’ Generation qui fait sensation dans le drama chinois God of War, Zhao Yun en cours de diffusion. Le drama cumule déjà plus de 2 milliards de clics sur internet et frôle le taux d’audience de 2% en TV. D’ailleurs, ce drama met aussi en scène d’autres acteurs coréens comme Kim Jung Hoon et Go Na Eun. C’est un autre aspect de l’échange culturel entre la Corée du Sud et la Chine. L’industrie chinoise du divertissement fait appel directement aux acteurs coréens pour de grosses productions depuis cinq ans aussi bien pour des films que pour des dramas. Officiellement, c’est bien sûr pour le talent et pour la réputation déjà bien établie de ces célébrités. Officieusement, il se murmure que c’est parce que les acteurs coréens sont payés moins que les acteurs chinois (mais plus que ce qu’ils gagneraient en Corée) et ils sont plus habitués à un rythme de travail éprouvant donc les producteurs se sentent plus à l’aise pour les pousser. Et tant pis si le doublage fait mal aux yeux.

Pour en revenir à DotS, le drama a glamourisé l’armée, mis en scène l’esprit national à travers le physique avantageux, entre autres, de Song Joong Ki,  mais ce drama a surfé avant tout sur une Hallyu revigorée depuis trois ans en proposant une formule différente des K-Dramas habituels.

L’article mis en ligne par Le Monde est passé sur ma TL cette semaine. Comme d’habitude, il y a peu de contextualisation, donc la grille de lecture est biaisée. Comme Song Joong Ki fait partie des acteurs coréens que j’apprécie, j’en profite donc pour fangirler et clarifier certaines choses. En quoi et pourquoi Descendants of the Sun est-il un succès ?

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